Avec ces 2,5 milliards d’euros, on pourrait financer
80 000 nouveaux chercheurs - soit l’équivalent d’un deuxième CNRS -
pour développer des nouvelles énergies renouvelables intelligentes
La France va subventionner massivement le développement de l’énergie éolienne à l’efficacité douteuse.
Le type même de décision infondée : il y a mieux à faire avec cet argent public.
Les députés viennent de voter en première lecture et à presque l’unanimité le texte du Grenelle de l’environnement.Une des mesures
phares propose de porter à 23 % la part des énergies renouvelables que consommera la France à l’horizon 2020.S’il faut se réjouir a priori de ce type de décision qui marque un volontarisme
politique, il est tout aussi important de connaître dans les détails les conséquences économiques,environnementales et sociales d’une telle orientation.
Or sur ce point, peu de renseignements précis ont été donnés et il serait urgent que nombre d’écologistes qui se sont faits les bardes de certaines de ces énergies
renouvelables commencent à ouvrir les yeux et à regarder quelques vérités qui hélas se cachent derrière certains de ces choix. Le cas de l’éolien est un
modèle du genre.
Une omission fondamentale
Mais avant d’aborder ce sujet, une observation fondamentale doit être faite au Grenelle. Pourquoi seules les énergies renouvelables ont-elles été abordées au
programme du Grenelle ? Pourquoi a-t-il été interdit de parler des énergies classiques qui représentent 90 % du total, et surtout de l’avenir des centrales nucléaires qui produisent plus de 80 %
de l’électricité de notre pays ? Pourquoi les groupes écologistes qui ont participé activement à ce Grenelle n’ont-ils pas obligé le ministre de l’Environnement à mettre cette question au centre
des discussions ? Sur ce point, il faut absolument connaître la vérité car les citoyens ont le droit de savoir si l’on doit développer ou arrêter cette forme de production d’électricité. Sinon on
peut raisonnablement se demander si le Grenelle n’a pas eu comme seul but “d’acheter le silence des écologistes” en ne mettant en lumière que la partie visible d’un iceberg. Cela pourrait alors
expliquer le vote des députés. Une unanimité touchante qui n’aurait été que l’expression d’un “ouf”de soulagement.
Subvention-profits : l’équation perverse du kw/h éolien
Concernant l’électricité “renouvelable”, la solution retenue mais soigneusement passée sous silence est centrée sur l’implantation de
10 000 à 15 000 éoliennes géantes de 150 m de haut sur le territoire, correspondant à 25 000 megawatts installés à l’horizon 2020. Chacun peut le constater, la France se couvre d’éoliennes qui
poussent comme des champignons.Tout voyageur en train ou en voiture ressent un sentiment d’envahissement alors que seulement 2 000 éoliennes sont déjà construites et qu’il est prévu d’en
implanter soit 7 fois plus.Pour beaucoup d’écologistes, les éoliennes sont les fées qui vont sauver une planète à la dérive...Mais ne réalisent-ils pas qu’elles ne sont que simplement des leurres
? En effet, ces énormes machines coûtent les yeux de la tête, produisent des quantités d’électricité minuscules et sont outrageusement subventionnées par la collectivité. Cela vient uniquement du
fait de leur inefficacité énergétique qui engendre un prix de revient élevé et oblige à subventionner massivement l’électricité produite. Une éolienne de 2 megawatts installée coûte en moyenne
2,6 millions d’euros et le prix de production du kilowattheure (kWh) dépend de la moyenne des vitesses des vents où elle est implantée.
Or en France le “taux de charge”moyen annuel d’une éolienne est de 24 %,soit l’équivalent de 2 100 h. Cela veut dire qu’elle ne produit rien l’équivalent de 76 % du
temps.En France, cela aboutit à substituer une partie
de notre production d’électricité très bon marché par de l’électricité hors de prix.Ceci n’est rendu possible que par 2 artifices lourdement payés par le
consommateur :
-Rendre l’éolien industriel fictivement rentable en obligeant EDF à racheter l’électricité éolienne bien au-dessus de son prix de revient habituel. Le système qui a
été mis en place consiste à garantir un prix de ce rachat d’électricité éolienne par EDF à 8,2 centimes le kilowattheure sur 15 ans, soit plus de deux fois le prix de l’électricité produite
actuellement an France.
- Surfacturer ce coût au consommateur. Ainsi, pour équilibrer ses comptes, EDF est autorisée depuis plusieurs années à facturer la taxe CSPE aux consommateurs
finaux (voir une facture d’électricité).La CSPE est l’abréviation de “Contribution au Service Public de l’Electricité”.Chaque facture d’électricité est ainsi surtaxée d’un montant de l’ordre de
4,5 % du montant total. Mais ce qui est plus grave, c’est que le développement de l’éolien entraînera à brève échéance automatiquement une augmentation massive des tarifs de l’électricité des
consommateurs. Le communiqué de presse publié le 18 juillet 2008 par l’Institut Montaigne,considéré comme une des instances indépendantes les plus compétentes en matière économique, a conclu que
le développement de l’éolien suivant les objectifs du Grenelle induirait un surcoût de 2,5 milliards d’euros par an à l’horizon 2020 pour la collectivité, soit un surcoût de 100 euros par an et
par foyer. C’est un futur désastre économique de 35 milliards d’euros.
En tenant compte des perspectives et du scénario actuel, la commission de régulation de l’électricité avait de son côté estimé en 2006 que ce tarif de rachat de
l’électricité éolienne permettrait aux investisseurs une rentabilité anormalement élevée en situant les taux internes de rentabilité entre 20 et 40 %. Cette situation a entraîné un nombre
croissant de promoteurs écumant la France à la recherche de la moindre parcelle de terrain pour faire fortune, d’autant plus que le système mis en place est totalement décentralisé et
pervers.
Le mauvais exemple allemand
Pourquoi les écologistes ne veulent-ils pas voir que les promoteurs qui se sont lancés dans l’éolien font des fortunes gigantesques ?
Ces promoteurs se vantent d’être entrés en quelques années dans le top 20 des plus grandes fortunes de France.Un autre argument majeur des écologistes pour déployer l’éolien en France est : la
France est en retard sur l’Allemagne qui possède le plus grand parc éolien du monde de 20 000
machines, soit plus de 20000 megawatts installés. Or on constate qu’en 2008, le territoire allemand est totalement saturé d’éoliennes industrielles qui n’ont
visiblement pas permis à ce pays de réaliser son voeu le plus cher de fermer ses centrales nucléaires tout en relevant les nouveaux défis du changement climatique. Il suffit de lire les chiffres
pour constater le triste bilan obtenu (statistiques Eurostat 2006) : le vent n’y produit que 7,2 % de l’électricité générée par ce pays en 2007 et contrairement à l’image “écologique”que se donne
l’Allemagne,le quart de son électricité est toujours produite par du nucléaire et ce pourcentage augmente ! Contre toute idée reçue,l’augmentation spectaculaire de +1378 % d’électricité éolienne
observée sur une période récente de 10 ans n’a pas empêché la production d’électricité nucléaire allemande de progresser de 4%.
Ce qui est encore moins divulgué, c’est que les émissions de CO2 sont aussi en hausse constante de 5% depuis 10 ans.A noter qu’en
2006,l’Allemagne possède toujours l’un des systèmes électriques les plus émetteurs de CO2 d’Europe : 554 tonnes de CO2 par Gigawatts d’électricité produite,contre 85 tonnes en France.Ce qui et
scandaleux,c’est l’exploitation mensongère faite par les industriels de l’éolien et l’Agence de maîtrise de l’énergie (ADEME) qui prennent systématiquement comme exemple l’Allemagne. Il n’y a pas
une émission de télévision sur les éoliennes où une charmante présentatrice ne conclue par cette ânerie monumentale : “mais la France est en retard sur l’Allemagne”.
De plus la publicité éolienne en France atteint un niveau de perversion inimaginable : que soit dans des livres, à la télévision sur des affiches, sur les pochettes
de billets de train, elle utilise des enfants. C’est une technique classique. L’innocence, la pureté et la jeunesse sont de l’or en barre pour le marketing et la promotion des ventes.Cette
propagande massive de l’industrie éolienne montre de charmants bambins brandissant dans leurs petites mains des petits moulins, des cerfs-volants, des fleurs ou des bulles de savon, en courant
vers un champ d’aérogénérateurs, cet Eden merveilleux du futur.
Une seule solution, la recherche
Or nous avons pour la France d’autres solutions que l’éolien, car le terme “énergies renouvelables” recouvre une dizaine d’énergies
très différentes qui sont principalement : la biomasse, les biocarburants issus de la filière oléagineuse, les biocarburants issus de la filière alcool, le solaire thermique, le solaire
photovoltaïque, l’hydraulique, la micro-hydraulique, l’énergie des mers...A ce panel il faut ajouter une énergie majeure et inépuisable à l’échelle de l’humanité qui est la géothermie. Pourquoi
ne pas par exemple encourager massivement la biomasse et plus particulièrement la filière bois ? C’est une des filières les plus écologiques si elle est intelligemment développée.
Que doit-on favoriser, une belle forêt intelligemment exploitée, havre de paix pour les espèces, entrecoupée de ruisseaux qui murmurent, ou alors raser les haies
pour faire des champs de maïs OGM à perte de vue, truffés de mâts stupides de 150 m de haut qui ronronnent et flashent la nuit ? Un autre exemple,tout ce qui est individuel ou petit collectif
doit être activement soutenu.Le solaire thermique est une solution simple et immédiatement rentable pour tous. Le solaire photovoltaïque sera la solution d’ici quelques années lorsque des progrès
sur les nouveaux matériaux seront effectués. La géothermie profonde sera probablement la solution de l’énergie lorsque les pétroliers auront décidé de s’y intéresser… Et il faut surtout favoriser
la recherche en France.Par exemple 2,5milliards d’euros injectés dans la recherche française pourraient permettre l’embauche et le financement de 80 000 nouveaux chercheurs, soit le doublement du
CNRS actuel, pour développer de nouvelles énergies renouvelables intelligentes.Au lieu de cela, cette somme est investie dans l’importation de machines qui ne servent à rien,sinon de planches à
billets pour les sociétés privées qui contrôlent ce business et font des fortunes.
Pourquoi les écologistes cautionnent-ils donc un tel système économiquement immoral, surtout dans les circonstances difficiles
actuelles où des millions de Français vont avoir du mal à faire face à une crise majeure ? L’électricité éolienne n’est ni “pure” ni gratuite. C’est une “escroquerie silencieuse”. Il s’agit d’une vaste affaire
d’argent pour “un business douteux”,comme l’a justement indiqué l’ancien
président de la République Valéry Giscard d’Estaing.
Jean-Louis Butré,
Président de la Fédération environnement durable. Auteur du livre L’Imposture :
“Pourquoi l’éolien est un danger pour la FrancePréface de VGE”
Editions du Toucan