Voici le courrier que nous a adressé Monsieur Pierre TEILLAUD, 1er adjoint au maire d'Olargues, Délégué au
développement durable de la Communauté de Communes Orb-Jaur et la réponse de l'Association
HURLEVENT
LA LETTRE :
IL EST INTERDT D'INTERDIRE ... OU LA SOCIETE DE DEFIANCE
Un titre facile, un brin provocateur en ces temps de commémoration populaire d'un grand mouvement libertaire, liberté de conscience pour l'acquisition de droits nouveaux dans la société corsetée
de mai 68.
Des autocollants représentant des panneaux d'interdiction, fleurissent sur divers supports dans la vallée, avec sur fonds vert 3 lettres : ZDE. De quoi s'agit il ?
Les lois de 2000 et de 2005 définissent les modalités de développement de l'éolien dans des périmètres précis et limités, les Zones de Développement de l'Eolien, et la puissance installée pour
produire de l'électricité à partir de l'énergie mécanique du vent, avec un prix garanti de rachat pour l'opérateur éolien. L'objectif est d'atteindre dans les prochaines années une production
d'électricité de 21% à partir des énergies renouvelables, objectif fixé par l'Union Européenne.
La procédure de ZDE est très encadrée par la loi et les permis de construire délivrés par les Préfets. Un projet de ZDE est en cours d'étude dans les Avants Monts entre le parc éolien existant à
Riols et le secteur des Albières. Il est déjà marqué du sceau de l'indignité bien avant que les phases de concertation ne soient lancées, que l'étude ne soit terminée avec ses compléments
nécessaires sur les impacts et les contraintes et bien sûr que l'enquête publique obligatoire pour ce type de projets n'ait eu lieu.
J'aurai l'occasion de développer le débat public sur le secteur Orb-Jaur dans quelques semaines au cours duquel les éléments de l'étude ZDE seront apportés.
Les arguments en faveur des énergies renouvelables, et de l'éolien en particulier pourront dans ce cadre être discutés au regard des oppositions annoncées :
- atteinte au paysage
- impact écologique (oiseaux nicheurs, chauve souris, ...)
- impact social négatif
- économie touristique dégradée, problèmes pour l'apiculture,
- libéralisation du marché de l'électricité...
Remarquez bien que je n'utilise pas le fameux syndrome NIMBY (Not in my backyard) que l'on traduit littéralement par « pas dans mon jardin » pour exprimer un accord sur le fonds par exemple de la
nécessité de développer les énergies renouvelables mais pas près de chez soi. J'espère que les opposants au projet ne sont pas touchés par les symptômes d'un grand mal du XXIème siècle : le
sentiment de défiance.
La rigueur scientifique et l'honnêteté intellectuelle nous imposent de conduire un débat ouvert, argumenté, positif nous amenant à mesurer le niveau d'acceptabilité sociale du projet. La démarche
démarre et les parties prenantes doivent s'écouter, se parler, sûrement pendant plusieurs mois, pour éclairer tous les citoyens de nos vallées.
Notre société porte en elle des marques de méfiance entre élus et citoyens, méfiance par rapport à l'économie de marché ou simplement de ce qui est nouveau. Ce n'est bien sûr pas sans raison. Les
dérives existent naturellement ; mais, elles sont stigmatisées bien plus souvent que les réalisations positives. Les concentrations économiques liées à une forme de mondialisation que je combats,
faussent la concurrence. C'est un élément très fort de cette méfiance que l'on retrouve par le qualificatif d'industriel accolé aux éoliennes dans les documents diffusés dans la vallée.
De cette impuissance que beaucoup de citoyens perçoivent, on arrive à un sentiment de défiance. Nous aurons à lutter contre cette idée que l'on peut déjà décrypter dans certains propos ou points
de vue.
Nous sortons des élections au cours desquelles les exécutifs communaux et départementaux ont été renouvelés. Dans nos vallées, les conseils municipaux sont composés de près de 40% de nouveaux
élus. Ils auront à prendre les décisions qui engagent l'avenir, une fois la concertation réalisée. Ils prendront leur décision en leur âme et conscience et ne sauraient être condamnés à priori.
Le débat sur les énergies renouvelables est complexe. Au delà de l'éolien, qui est emblématique de toutes nos ambivalences, entre l'aspiration au progrès écologique et la crainte des projets
qualifiés d'industriels, nous aurons à engager, chacun à notre niveau, dans nos vies personnelles, dans nos communes, les actions visant en priorité à faire des économies d'énergie. Des moyens
importants devront être consacrés par les collectivités dans ce sens. Mais le pourront elles vraiment à l'heure d'un désengagement majeur de l'Etat ?
Nous aurons aussi à penser le développement de toutes les formes d'énergie renouvelables : solaire, géothermie, biomasse, ... Le Parc Naturel Régional du Haut Languedoc sera d'un grand secours
dans cette perspective. Les difficultés seront nombreuses ; parfois, nous aurons envie de baisser les bras. Mais le peut on vraiment ?
Sans reprendre la définition du développement durable, nous avons une réelle responsabilité par rapport aux générations futures.
Oui, le changement climatique est une réalité.
Oui, les ressources pétrolières et gazières sont très limitées avec des conditions d'extraction raisonnables et sans porter atteinte à des régions vierges de la planète.
Oui, le développement de l'énergie nucléaire qui semble être l'option partagée par de nombreux gouvernements suivant l'exemple de la France, présente des risques non négligeables.
Oui, le libéralisme économique éloigne les citoyens des lieux de prise de décision.
Alors, agissons en conscience. Il est interdit d'interdire.
La réponse :
Votre texte est un bel exercice de style. Vous vous donnez les couleurs de la rigueur scientifique et de l'honnêteté intellectuelle. Bien entendu, nous déduisons que
nous ne possédons pas ces qualités.
De la même manière, vous suggérez que nous réagissons en fonction du fameux syndrome NIMBY, comme si nous ne faisions que nous opposer à ce projet précis qui est
près de chez nous. Vous faites comme si... Ce faisant, vous espérez convaincre quelques personnes.
Trois points attirent notre attention dans votre texte.
Le premier concerne le "qualificatif d'industriel accolés aux éoliennes dans les documents diffusés dans notre vallée", réitéré quelques lignes plus loin
("la crainte des projets qualifiés d'industriels"). Comment appeler autrement ces gigantesques machines ? Sortent-elles d'une forge de village ? Cachez donc ce sein que je ne saurais
voir.
Le deuxième concerne la méfiance à l'égard des élus... Vous dites que "les dérives existent naturellement; mais (qu')elles sont stigmatisées bien plus souvent
que les réalisations positives". et vous demandez qu'on ne les condamne pas a priori.
C'est un vrai problème et ce problème devient aigü dès lors qu'il s'agit de projets qui "craignent". La tentation est forte de les dissimuler jusqu'au dernier moment de façon à ce que la
contestation n'ait pas le temps de s'organiser. On l'a bien vu avec le projet Tanarès qui est resté ultra-confidentiel jusqu'au tout dernier moment.
Vous nous dites que votre projet "est déjà marqué du sceau de l'indignité bien avant que les phases de concertation ne soient lancées". C'est le troisième
point, mais il y a des recoupements avec le deuxième.
Les phases de concertation ne sont pas encore lancées ? Alors que le projet se prépare depuis deux ans ou plus ? Alors qu'il est complètement ficelé ? Mais de quoi donc va-t-on parler dans vos
phases de concertation, puisque tout est déjà décidé ? La démocratie ne voudrait-elle pas qu'on les lance bien en amont, dès le début de la conception des projets ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu
d'abord de débat avec la population sur les choix en matière d'énergies nouvelles ?
C'est tout le contraire qui se produit en ce moment et chaque commune ou groupement de communes y va en ce moment de son projet, d'une manière anarchique, ne résistant pas à l'appât du gain, de
court terme. Et notre région sera défigurée. Combien de touristes voyant de la plaine cette quantité effrayante de machines industrielles auront envie de nous rendre visite ?
Vous nous dites qu'il est interdit d'interdire... Pour nous, la traduction est la suivante :
Cela veut dire que vous demandez qu'on ne vous interdise pas.
Qu'on ne vous interdise pas de construire des éoliennes.
Compte tenu de ce que nous savons déjà des nuisances de l'éolien industriel, nous ne sommes pas certains que vos voeux soient exaucés.
L'Association HURLEVENT
Le courrier de l'Association