Dimanche 18 janvier 2009
7
18
/01
/Jan
/2009
12:43
A Bouloc, sur le Lévezou, plusieurs habitants racontent leur quotidien, qu’ils qualifient
d’ »infernal », aux pieds des treize éoliennes suspendues de Castelnau-Pegayrols.
Vent calme sur Bouloc, dans le Lévezou. Les 13 éoliennes suspendues de Castelnau-Pegayrols fendent l’air en douceur.
Sans chahuter.
Difficile d’imaginer « l’enfer » que vivent au quotidien ceux à qui l’on a imposé, sans contrepartie
financière, la présence de treize éoliennes « au-dessus de leur tête ». Et pourtant, les riverains du parc éolien répètent à l’envi combien leur vie a changé depuis son
installation en 2007.
Tous affirment avoir « subi sans préavis » le bruit dont ils n’avaient, paraît-il, a priori,
« rien à craindre ». Le bruit « d’un avion de ligne qui passe sans cesse, mais qui n’atterrit jamais ». Le bruit qui va, qui vient. « Dans une même
journée, il peut y avoir des moments plus calmes et des heures horribles », reconnaît Joël, agriculteur à Bouloc. « C’est totalement imprévisible ». Un
« râle assourdissant » qui enfle par vents forts et brouillard, qui convulse et qui « couine » par temps de neige et de gel. Un « vacarme
d’enfer » qui harponne corps et âme au réveil et ne les lâche plus jusqu’au sommeil. « Quand j’arrive dans ma cuisine », raconte Jean-Claude, voisin du parc éolien de
Castelau-Pegayrols, « la première chose que je fais, c’est d’écouter le bruit des éoliennes. Le soir, rebelote. J’y pense en allant me coucher. J’ai dû changer de chambre pour les
entendre le moins possible ».
Les nerfs en pelote
« Les nerfs sont usés », affirment ces riverains. « Le bruit des éoliennes, ça vous rend, du
jour au lendemain, plus irritable », confie Joël. « Ça va finir par nous rendre tous fous ».
Sa femme Arlette « ne supporte pas de devoir monter le son de la télévision », quand les pales
s’emballent, tout en haut sur la colline. « Heureusement qu’on avait la parabole avant la création du parc », ironise Joël, « sinon on aurait dû l’acheter. Les voisins
qui avaient l’antenne râteau ont dû tout bazarder ». Arlette ne « supporte plus non plus de devoir fermer les fenêtres pour espérer pouvoir dormir en
été ». « C’est carrément intenable si l’on ouvre », raconte-t-elle. Elle ne « tolère plus » non plus de devoir « écourter ses travaux de
jardinage », car, « avec tant de bruit, même une activité qui délasse devient prise de tête ».
Dangereux pour la conduite
Au-delà du bruit, il y a disent-ils, « la gêne visuelle ». « Avant, j’aimais regarder les
paysages du Lévezou. Aujourd’hui, c’est affreux de voir ces éoliennes partout autour de soi dès qu’on prend la route pour aller travailler dans le secteur de Mauriac », affirme
Marcelle, agricultrice domiciliée à Curan, « il y en a tellement qu’on finit par croire quelles sont partout ». Elle et son mari ne redoutent rien tant que leurs flashs tantôt
bleus, tantôt blancs : « Quand on conduit sur ces routes, le regard est sans cesse attiré vers ces lumières, renchérit Marcelle, ça peut être dangereux pour ceux qui sont
au volant ».
Partir au plus vite
Le bruit, les flashs, « les champs hérissés de ferraille ». Les gens de Bouloc ont déjà pensé
« tout plaquer ». La maison, la ferme, les bêtes. Tout. Partir loin, très loin. « C’est terrible de penser à cela quand on a toujours vécu ici »,
avouent-ils. Tous savent pourtant qu’ils seront probablement « condamnés à rester là ».
A qui pourraient-ils vendre « ces pièges à rats » ? « A personne », répond
sans illusion Jean-Claude, on ne veut plus de nos fermes avec tant de nuisances ». Et de suggérer : « On pourrait mettre un panneau à l’entrée de Bouloc : village
à vendre pour sourds et aveugles ». L’humour, c’est tout ce qu’il reste à ces Don Quichotte pour se battre contre les moulins à vent.
EMILIE DELPEYRAT
Les séquelles psychologiques
de « la guerre des éoliennes »
Il Y A PLUS DUR que le bruit, la gêne visuelle : le silence, la rupture du lien social.
Joël et sa femme ont perdu des amis depuis l’installation du parc éolien de Castelnau : « Les relations sont tendues, voire impossibles entre les pro-éoliennes et les
anti » explique Joël, « il arrive que ceux qui ont des éoliennes sur leur terrain finissent par narguer les autres ». Les « victimes » tolèrent mal les
moqueries relatives à leur situation. « Il y en a toujours pour dire qu’on n’entend pas de bruit, quitte à nous faire passer pour des fous. Mais ils s’arrangent toujours pour venir
quand le vent est calme » déplore à son tour Jean-Claude. Un « drame humain » qui pousse Gérard à déclarer, la mort dans l’âme, que « son coin, il ne l’aime plus comme avant ».
Article d’un numéro récent de « Centre Presse, le Journal de l’Aveyron »