Association HURLEVENT
Un projet d’éoliennes sème la discorde dans trois petites communes. Faute de dialogue et d’information des populations.
A Fontaines en Duemois, la concertation ne coule pas de source… Entre 2002, année où la société Eole-Res spécialisée dans l’exploitation de centrales éoliennes prend contact en Côte d’or avec les petites communes de Fontaines, Chaumes les Baigneux et Lucarne (au total environ 350 habitants) et 2007, date à laquelle sont déposées les demandes de ZDE (Zone de développement de l’éolien), la population de ces villages aura été consultée … une seule fois, en fin de course ! Au bilan, l‘opacité aura causé de sérieux dégâts... Depuis 2005, les communes et donc la population sont nécessairement associées au processus d’installation d’éoliennes puisque c’est dans la compétence du maire de demander une Zone de développement de l’éolien (ZDE) au préfet. « Nous avons découvert qu’il existait un projet éolien sur la commune seulement en octobre 2007, après que la demande de ZDE ait été envoyée au préfet ! (juillet 2007) explique Laurence Plévert, qui, avec quelques habitants, a créé l’association « Vivre à Fontaines » pour pouvoir négocier ce projet. Les membres du Conseil municipal, croyant voter une demande d’étude de faisabilité de l’implantation d’éoliennes, avaient en fait voté directement une demande de ZDE qui signifiait leur approbation à ce projet. Quant aux habitants « lambda », ils ne disposent que de deux mois pour s’opposer à une décision du Conseil municipal. Quand nous avons réalisé ce qui s’était passé, il était trop tard »…
L’association a relevé à l’attention du Préfet toutes sortes d’aberrations qui se trouvent dans le dossier :
Primo, le dossier ZDE n’est signé d’aucun cabinet d’études, mais uniquement du nom des trois communes. Les élus d’un village de 150 habitants comme Fontaines étaient-ils capables de réaliser une telle investigation ? C’est en fait la société Eole-Res qui l’a menée.
Secundo, ce document contient une série de fausses informations, et mentionne par exemple une consultation de la population qui n’a jamais eu lieu.
Tertio, sur les onze conseillers municipaux de Fontaines qui ont voté pour le projet (en croyant en fait voter pour une étude de faisabilité du projet), huit d’entre eux (ou des membres de leur famille proche),avaient des intérêts privés dans l’affaire : ils percevront 2 000 à 4 000 euros par éolienne et par an selon qu’ils sont seulement propriétaires des champs ou également exploitant. Certes, dans la mesure où l’emplacement exact des éoliennes n’est pas encore connu, les intérêts de certains de ces conseillers sont seulement « potentiels » et leur vote n’est donc pas illégal. Il n’en est pas moins « immoral », estiment les membres de l’association « Vivre à Fontaines ».
Tous ces problèmes ont été signalés au Préfet. Mais l’association n’a reçu de réponse qu’à sa dernière missive, alors que la demande de ZDE avait déjà été acceptée par la préfecture.
Au quotidien, l’ambiance est devenue…électrique. Certains conseillers municipaux ont demandé l’organisation d’un référendum, qui a été refusé par le Préfet. L’association a finalement choisi d’attaquer le maire au pénal pour faire annuler la décision du Conseil municipal de 2006 (votant la demande de ZDE) pour vice de procédure. Dernière péripétie : la convocation, en janvier 2009, pour des réunions de Conseil Municipal des différentes communes avec le promoteur et les conseillers municipaux précisait qu’elles se tiendraient « à huis clos ». Tout cela a divisé les populations. Quelques-uns, qui se connaissent depuis l’enfance, ne se parlent plus. Certains souhaitent l’arrêt pur et simple du projet. D’autres pensent qu’il faudrait repartir de zéro, consulter la population, prévoir d’installer les éoliennes à au moins 1500 mètres des habitations, comme le recommande l’Académie de médecine, et non pas à 750 mètres comme prévu. Ils sont nombreux aussi à se plaindre du manque d’informations sur les bénéfices que les communes pourront tirer de tout cela : quel sera le montant de la taxe professionnelle perçue ? Quels bénéfices pour quels coûts ?
Alors bien sûr, dans cette affaire, les intérêts économiques des uns et des autres ne sont pas absents. Entre ceux qui désirent augmenter leur revenus et ceux qui s’inquiètent de voir dévaloriser leur bien immobilier, la discussion n’est pas simple. A l’inverse de ce que l’on pourrait imaginer, la ligne de partage ne passe pas simplement entre agriculteurs et « néo ruraux », mais traversent les familles et les catégories professionnelles. Dans certains cas, le père, propriétaire du champ est opposé au projet quand son fils, exploitant, y est favorable, ou vice-versa. Une chose est certaine : procéder dans l’opacité n’est certainement pas le meilleur moyen de faire progresser la « cause » de l’éolien.
Marina Julienne